Le démantèlement de la « Jungle de Calais »

Le démantèlement de la « Jungle de Calais » est-il justifiable ?

Suite à la croissance exponentielle de la « Jungle de Calais » pendant cette crise migratoire européenne récente, une décision de justice a ordonné le démantèlement partiel du bidonville malgré l’appel des associations qui s’opposaient à l’évacuation. Le tribunal administratif de Lille a déclaré que tous les habitants de la zone sud, installée il y a un an sur ordre de l’État, devront déménager vers un nouveau complexe créé pour les héberger. L’État parle d’une amélioration des conditions pour les personnes en danger. Les habitants du bidonville, cependant, ne font plus confiance à l’établissement français, et ils craignent une motivation cachée et plus cruelle de la part de l’État. Cette dissertation va considérer la justification offerte pour le démantèlement et, en évaluant les réponses des associations humanitaire qui protègent des migrants et qui parle de leur sécurité, elle décidera si le déplacement est justifiable.

Premièrement, il faut constater la position de L’État, celle qui parle d’une détermination à protéger les personnes en danger. Le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, par exemple, faire prévue d’humanité en ce qui concerne la protection des migrants « en situation de danger aujourd’hui et donc il faut les sortir de cette boue ».[1] Accueillant la décision du tribunal, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a aussi promis que dans « un but humanitaire, l’action de mise en protection des réfugiés se poursuivra par la mobilisation de toutes les solutions d’hébergement existantes ».[2] L’État défend donc le démantèlement grâce aux centres d’accueil provisoire, des conteneurs chauffés offerts aux migrants pour mieux les héberger, alors qu’il existe aussi la possibilité de rejoindre les 102 centres d’accueil et d’orientation situés aux quatre coins de la France. Ces provisions représentent donc des possibilités pour les migrants d’échapper aux tentes, mais la France a aussi d’autres motivations pour vouloir expulser les migrants de la zone sud de la « Jungle ». Il est aussi important que les autoroutes près de Calais devienne moins ciblées par les migrants cherchant un passage vers le Royaume-Uni. Au-delà de cela, il y a la volonté politique d’empêcher leur installation pour subvertir le flux de migrants dirigé vers Calais.

Par contre, une lettre ouverte des associations au ministre de l’Intérieur condamne le démantèlement, qu’ils estiment comme n’apportant « aucune solution et ne fera qu’envenimer davantage la situation ».[3]  Selon eux, il ne servira qu’à fragiliser encore plus les exilés qui ont déjà soufferts et qui ont déjà subi des violences tout au long de leur parcours pour arriver jusque-là. Compte tenu du fait qu’ils n’abandonneront leur but, une évacuation brutale provoquerait des reconstitutions rapides de campements, comme explique un représentant de l’Auberge des migrants : « On a déjà connu les expulsions, ainsi que les reconstitutions de camp. Le cycle continue ».[4] Ce démantèlement risque donc l’éparpillement et l’errance des migrants, un phénomène déjà en train de se passer. En fait, depuis le resserrement récent de la frontière calaisienne, les migrants cherchent des ferrys dans d’autres villes, aux alentours desquelles jaillissent des petites jungles.[5] La décision de justice mène alors à l’épandage des migrants, ajoutant à la tension déjà perçue à Calais des tensions préfectorales loin au-delà de cette région. D’ici un an, l’État se sentirait obligé de démanteler plusieurs campements à cause de l’approvisionnement insuffisante offerte maintenant aux exilés de Calais.

Cela nous conduit, par ailleurs, à examiner l’aggravation des associations. C’était en mars 2015, sous l’impulsion du gouvernement, que l’État a contraint les migrants des différents campements à venir s’installer dans cet endroit, et l’appel a été accompagné par l’engagement que les migrants n’y seraient pas délogés de force. Cette décision de justice représente un reniement rapide de cet accord avec l’utilisation de gaz lacrymogène comme méthode entre autres pour débarrasser cette zone de ses habitants.[6] Ayant été invités par l’État à installer là, les migrants se trouvent expulsés par ses représentants dans moins d’un an de manière forcée, et c’est pour cela que Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, parle d’une « rupture de confiance entre migrants et gouvernement ».[7] En plus, c’est à cause de ce manque de foi que les migrants sont maintenant récalcitrants aux nouveaux conteneurs, auxquels ils devront entrer par l’empreinte de la paume de la main. Ce système d’admission a rendu sceptiques de nombreux migrants, et ils craignent d’être obligés ensuite de déposer une demande d’asile en France.[8] Celle-ci est la motivation perçue comme cachée par l’État aux esprits des migrants, et il devient évident depuis la disparition des lieux de vie dans la « jungle » que la plupart des exilés préféraient rejeter un tel espace.[9]

Quelles que soient ses objectifs, l’intervention de l’Etat dans cette crise sous la forme des conteneurs est franchement insuffisante. Les conteneurs sont en grand partie décevants, et de grandes améliorations en termes de conditions de vie sont fortement requises. Il faut remarquer aussi qu’aucune provision communale n’est fournie pour remplacer celles détruites dans le campement actuel. Tous ces inquiétudes augmentent encore plus lorsqu’il s’avère que les représentants de l’État et des associations ont aussi avancé des chiffres très différents sur le nombre de migrants potentiellement touchés par l’ordonnance. Selon la préfète du Pas-de-Calais, il y a 3 700 habitants dans la « jungle », dont 800 à 1 000 vivent dans la zone sud.[10] Cependant, le recensement effectué par l’association L’Auberge des migrants a montré que 3 455 migrants se sont installés dans la zone sud seule.[11]  Il en résulte que le souhait de l’État de réduire la population totale à 2 000 personnes se retourne contre lui car il faudrait effectivement l’expulsion de plus de gens vulnérables que prédit. Compte tenu du fait que l’État ne puisse pas forcer les migrants à quitter la France, il faudrait trouver une solution plus permanente en leur offrant à tous un hébergement car s’ils n’ont pas la possibilité de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, il faudrait au moins qu’ils soient capables de demander l’asile ou de s’héberger sans la menace d’expulsion, comme est leur doit humaine.

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